Bienvenue sur le CV en ligne

de Luc Biétry

Le nettoyeur


Caen - Marseille même état des lieux.




Jour après jour, les "nettoyeurs" sont les héros d'une certaine modernité urbaine, portant à bout de bras un travail harassant, parfois même humiliant, mais toujours avec la même énergie propre au rêve d'une reconstruction sociale à la fois individuelle et collective.

Documentaire
Les Nettoyeurs

A Kallisté, bâtiment H, une cité à l'abandon dans les quartiers Nord de Marseille, où les habitants ont pris l'habitude de jeter leurs ordures par la fenêtre. Didier Bonnet, chef d'une petite entreprise de nettoyage, s'est lancé un défi. Faire en sorte que les bâtiments reprennent une apparence décente. Avec deux salariés, issus de la cité, il commence une action qui passe par un travail pédagogique avec les habitants. Mais il faut nettoyer d'abord. Ce documentaire suit au jour le jour cette bataille hors du commun qui engage trois hommes et une collectivité dans la reconquête d'un espace dont l'enjeu se situe bien au-delà de la propreté des poubelles. Sélectionné au Festival Traces de vie à Clermont-Ferrand, primé au Festival du Scoop d'Angers, et au Festival des 4 continents à Paris en 2007.

Un film comme on en voit peu. Rebelle, brave, grave ("Yes, they can"). Un film nécessaire. Avec des gens ordinaires, qui n'attendent ni reconnaissance publique ni médailles. Des héros pourtant. A Kallisté, une des cités les plus déshéritées au nord de Marseille, où s'entassent toutes les nationalités, les poubelles ne servent plus à rien. Les habitants balancent directement leurs épluchures de légume et leurs canettes de bière par la fenêtre. Boîtes de sauce tomate, bouteilles d'huile, mobilier hors d'usage s'envolent du quinzième étage pour s'écraser sur le sol avec un bruit mat, petit tas de plus sur une décharge qui attire les rats. A Kallisté, bâtiment H, on est dans l'au-delà. L'immense barre de béton semble avoir traversé une guerre. Les murs sont troués, les vide-ordures bouchés, les ascenseurs en panne. Fin de ville, fin de zone C'est le bout du monde à une heure de bus de Marseille. Une autre planète. Les taxis n'y vont plus. La cité Kallisté (« la plus belle », en grec !) fait partie de ces grands ensembles construits à la hâte pour accueillir les rapatriés d'Afrique du Nord au début des années 1960. Ces barres grises ont déjà une histoire. Copropriétés gérées pour la plupart par des syndics privés, elles se sont peu à peu dégradées sous l'effet conjugué du chômage, du départ des classes moyennes et de l'arrivée massive de nouveaux migrants. Les syndics en faillite ont fait place aux marchands de sommeil qui sont partis à leur tour. Des budgets ont été votés pour réhabiliter les immeubles en voie d'abandon. C'est là que Didier Bonnet est intervenu. Ce chef d'entreprise d'un troisième type est de ceux qui trouvent « inadmissible que des gens puissent vivre dans ces conditions-là ». A la tête d'une petite société de nettoyage, il a décidé de s'attaquer à l'impossible. Depuis vingt-cinq ans, ce militant aux allures de cow-boy tranquille améliore la vie dans les cités en centrant son action sur la propreté mais en réalité il fait beaucoup plus. Didier Bonnet récupère des contrats d'entretien auprès des syndics et créé des emplois dans les cités. Première intervention à la Bricarde (80% de chômeurs) avec une quarantaine de personnes regroupées dans une régie de quartier. Il poursuit avec Bellevue, autre cité difficile. Quand les choses roulent, il donne les clés à ses salariés et se réinvestit ailleurs. C'est ainsi qu'il arrive à Kallisté en 2002. Taux de chômage record, misère, insécurité. Didier Bonnet démarche les neuf syndics de copropriété, qui gèrent chacun un bâtiment. Il n'obtient qu'un accord. Le chef d'entreprise se mobilise sur le bâtiment H, et il embauche deux personnes issues de la cité, Fabrice Payet (d'origine comorienne) et Mourad Radi (d'origine algérienne), à qui il passe le message. Il faudra nettoyer d'abord. Enlever les tonnes d'ordures, récurer, balayer, laver. Un boulot qu'il faudra faire tous les jours, pas gratifiant mais c'est un boulot à faire, autant le faire avec des bras plutôt qu'avec des machines. Avec des humains, ce qui n'est pas dans l'air du temps. Et mieux, en y associant les habitants de la cité. Fabrice Payet et Mourad Radi sont des humains d'envergure, payés au SMIC, parfaitement au courant de l'enjeu de leur tâche. Ils ont de l'estime pour leur « patron », de l'affection même pour cet ovni qui sait mettre la main à la pâte, engagé dans une lutte incertaine. Jean-Michel Papazian suit cette aventure extrême avec la distance qu'il faut. Pas trop près, jamais loin, disponible aux refus de chacun d'être filmé. Cameraman pendant vingt ans, le réalisateur a une éthique. Pas question de voler une image à quelqu'un. Son regard direct n'exclue ni le respect ni la douceur, il saisit l'humour et les humeurs. Papazien a retenu cette phrase de David Casset : « On reconnaît un bon cameraman non pas à ce qu'il filme mais à ce qu'il ne filme pas ». le cinéaste ne dit pas tout, on le sent bien, et c'est tant mieux, car ce que son documentaire montre, c'est comment trois hommes redonnent vie à une cité en déshérence, sans tomber dans le film social ou militant. Il y a dans le combat harassant, incessante, mené par ces « Sisyphe » une dimension qui réfère aux grands récits mythologiques. Les Nettoyeurs, c'est le tonneau des Danaïdes. Un western avec des héros solitaires, pour Jean-Michel Papazian. « Ce sont des personnages qui sont dans la merde - presque des « intouchables » - et qui ont en même temps une conscience aiguë de l'importance de ce qu'ils font. Marseille les a imprégnés en même temps aussi, ce sont de vrais Marseillais, ils ont la tchatche ». Comment font-ils, pour garder leur pêche dans un tel environnement ? Pour tenir, Fabrice Payet s'entraîne physiquement deux heures par jour. Mourad Radi a fait de sa chambre son jardin secret. Tous deux livrent des bribes de leur vie, parlent de leur enfance. Mourad qui a fait l'expérience très tôt du racisme, voit que les mêmes préjugés se retournent aujourd'hui contre la communauté noire. La caméra suit les deux hommes en train de soulever des poubelles, d'extirper l'urine des rainures de l'ascenseur, de débloquer des conduites bouchées, contents ensuite de contempler le fruit de leur travail, un sol propre. Mourad chantonne : « C.A.P de mon enfaaaance, dans quelle merde du nous a mis. Douce Fraaaance. » . Las ! Une heure plus tard, les premiers objets tombent à nouveau des étages. « Il faut de la patience, du courage, et encore de la patience », dit Fabrice Payet, que rien ne semble jamais pouvoir décourager. Pourtant un jour, il lâche : « Y'en a marre ! ». Mourad s'énerve aussi parfois. Les gamins ont vidé les poubelles qu'ils ont dispersées partout. Une gazinière est passée à trois mètres derrière lui alors qu'il mettait de l'ordre. Trop, c'est trop. Aussi Didier Bonnet va-t-il rendre visite encore une fois aux habitants de Kallisté. Etage après étage, porte après porte, il explique à chacun l'intérêt de respecter ces hommes qui travaillent pour eux au péril de leur vie, et l'intérêt de prendre soin de l'immeuble. Tout le monde promet. Puis les ordures volent à nouveau. Didier Bonnet organise alors une réunion où les habitants pourront se confronter au syndic. Des choses se disent cette fois publiquement, chacun y met du sien, d'un côté comme de l'autre. Jean-Michel Papazian met en évidence le courage et les moments de ras le bol. On est happé par la charge héroïque de ces résistants de l'ombre qui réussissent à rompre le cycle de la misère et de l'abandon. Un matin, Mourad s'émerveille de voir un enfant descendre avec un sac poubelle. Puis un autre. Tournée entre 2003 et 2007, cette épopée familière et mythologique à la fois permet de comprendre ce qui est en jeu au-delà du combat pour la propreté d'un immeuble, il s'agit de la possibilité pour une collectivité abandonnée de tours de retrouver une dignité. Les Nettoyeurs indique des clés, trace des perspectives à travers le portrait de ces héros du quotidien, qui forcent le respect. Ce sont eux qui tiennent la France debout. On leur donnerait bien la légion d'honneur.

Réal. et aut. : Jean-Michel Papazian ; photo : Jean-Michel Papazian ; son : François Brey ; mont. : Christian Girier ; mix. : Stephane Larrat ; dir. Prod. : Nawal Tahiri ; prod. : Les Poissons volants (Sophie Goupil), France 3, Planète, A.S.C.S.E, Procirep Angoa. France 3, 29 février 2008, 52 mn.

xxxxx

xxxxxxxx xxxxxxxxxxxx.

xxxx xxxxx.

xxxxxxxxxx

xxxxxx xxxxx xxxxxx xxx xxxxxx xxxx xxxxx xxxxx xxxx.

xxxxxx xxxx. xxxxxxx.

xxxxxx xxxxxx xxxxx xxxxxx xxxxxxx. xxxxxxx xxxxxx.

xxxxxx

xxxxxx xxxxxxxxxxxxx.

xxxxx

xxxxx xxx xxxxxx xxxxxxx xxxxxxx xxxxxxx xxxxxxx xxxxxx xxxxxx

xxxxx xxx. xxxxxxxx xxxxxxxxx xxxxxxx xxxxxxx xxxxxxx

xxxxx

xxxxx xxxxxxx xxxxxx xxxxxxx xxxxxxx xxxxxxx xxxxxxxx.

xxxxx xxxxxxx